Si l’on vous parle de « lipodystrophie superficielle », rares sont les chances que vous sachiez à quoi nous faisons référence mesdames, n’est-ce-pas ?

Si en revanche, l’on vous parle de « peau d’orange » – ou que l’on fait allusion à la « texture du fromage blanc » –, grandes sont les chances que vous pensiez davantage à la couche disgracieuse de peau et de graisse qui recouvre le bas de vos hanches qu’à la recette de la tarte au fromage blanc soufflée de votre grand-mère, right ?

À en juger par les études d’Emanuele et.al (2010) et Wanner et Avram (2008) qui indiquent que près de 9 femmes sur 10 souffrent ou souffriront au moins d’une forme de cellulite passé l’âge de 30 ans (contre 1 homme sur 10 passé le même âge), gageons sans trop présumer que vous serez nombreuses à avoir fait le rapprochement.

 

 

La cellulite … mais, mais … pourquoi ?!

 

Après l’acné et les poignets d’amour, la cellulite est probablement la troisième invention la plus inutile dont Mère Nature – pourtant d’ordinaire si peu encline à faire dans le superflu – ait affublé l’homo modernus.

Et pourtant, de superflu, la cellulite a à peu près tout, à commencer par son appellation scientifique. Jugez-en plutôt par vous-même : « lipodystrophie superficielle* ». D’un pompeux rare, ce mot-valise présente au moins l’avantage de bien en isoler la nature puisque la cellulite, c’est par définition un amas de cellules de gras (“lipide”), déformées (“dystrophique”), qui apparaissent à la surface de la peau (“superficielle”).

Et si le terme 'lipodystrophie superficielle' n'est pas assez complexe pour vous ...

… alors vous vous caresserez probablement le velours en apprenant qu’une expression encore plus absconse existe pour désigner la cellulite. Et cette expression, c’est :

« Panniculopathie œdémato-fibro-sclérotique » … ou PEFS pour les intimes. 

 

Cela dit, pour superflue qu’elle soit, l’appellation scientifique de la cellulite l’est certainement moins que son emplacement, lequel se situe directement au niveau de la couche supérieure de graisse sous votre derme (= peau, cf. Figure 1). C’est d’ailleurs cet emplacement d’une superficialité malvenue qui est à l’origine de l’aspect vallonné de votre peau lorsque vous contractez vos muscles.

Enfin, dernière gage de la superficialité de la cellulite, son rôle physiologique qui, à l’instar de l’acné (1) et des poignets d’amour (2), ne sert aucun autre intérêt sinon celui de vous informer que votre organisme est soit (1) en plein chamboulement hormonal, soit (2) qu’il est grand temps pour lui de changer de modus vivendi.

Bref, pour faire dans l’analogie plate : à l’image d’une personne superficielle, la cellulite, ça n’est pas très utile mais ça sait se faire remarquer !

 

Figure 1 -- Anatomie de la peau (source image : drlenkravitz.com, traduction : Bodyssime)
Image 1 — Anatomie de la peau (Source image : drlenkravitz.com, traduction : Bodyssime)

 

 

La cellulite : qu’est-ce-que c’est au juste ?

 

En termes savants – donc incompréhensibles – la cellulite a été définie en 1920 comme :

« […] une dystrophie cellulaire non-inflammatoire des tissus mésenchymaux causée par un désordre du métabolisme de l’eau qui produit une saturation des tissus adjacents en liquides interstitiels, ces derniers ayant été amenés là par une réaction à un stimuli traumatique, topique, infectieux et/ou glandulaire » (Alquier et Paviot, cité dans Rossi 2000).

Galimatias chiantifique de côté, comprenez par là que la cellulite n’est rien d’autre que la manifestation visible d’une désorganisation de la structure qui maintient la peau (l’épiderme) et les diverses couches de graisse en place. Pour reprendre l’allégorie de notre confrère Adel Moussa du site Suppversity :

« Si vous pensez à la peau comme une grille tridimensionnelle remplie de balles (balles = le gras), et que cette grille ne possède pas de structures permettant de séparer les balles de la première rangée de celles du deuxième et du troisième rang, toutes formes de pression exercée de façon endogène (= à l’intérieur du muscles – en les contractant par exemple) ou exogène (= à l’extérieur du muscle – en les pinçant par exemple) pousseront ces balles (le gras donc) vers la grille du haut (la couche supérieure de la peau = le derme en l’occurrence), causant l’apparition de bosses à la surface » (2013).

Hé bien, c’est à peu de chose près, un mécanisme identique qui est responsable de l’aspect vallonné, quasi-vergeté, de la surface de la peau des personnes souffrant de cellulite.

 

 

Pourquoi les femmes sont-elles plus touchées que les hommes ?

 

À cause d’une toute bête différence de lettre !

Un « X » intempestif supplémentaire venu se glisser dans votre caryotype (= XX, soit le chromosome de différenciation sexuelle indiquant que vous êtes une femme) et vous voici condamnée, dans près de 9 cas sur 10, à l’(in)esthétisme botérien d’une peau boursouflée.

Car de fait, la présence de ce chromosome induit une cascade d’effets qui expliquent en grande partie pourquoi les femmes sont génétiquement prédisposées à développer de la cellulite contrairement à leur alter égo pourvus du chromosome sexuel XY, autrement dit les hommes (Emanuele, 2010).

Étiologie la cellulite : les effets ravageurs du chromosome sexuel X

Pour commencer, le chromosome X est en partie impliqué dans la formation du collagène qui joue le rôle de structure entre le derme et les différentes couches de graisses sous-cutanées. Or, chez la femme, « la structure du collagène, la principale protéine des tissus conjonctifs, a l’apparence d’une palissade […] tandis que chez l’homme, elle s’apparente davantage à la structure d’un grillage [cf. Figure 2 plus bas]. Vous pouvez donc aisément en déduire que la structure du collagène est beaucoup plus forte chez l’homme et permettra ainsi de mieux maintenir le gras à sa place » explique l’ostéopathe Lionel Bissoon (cité dans Haron, 2009).

Autre corollaire de la présence d’une paire de chromosomes X au sein de votre caryotype : le type de récepteurs adrénergiques dont vous allez disposez. Ils en existent deux types : d’un côté, « les récepteurs alpha qui, lorsque stimulés, poussent les adipocytes (= les cellules de graisses) à produire (donc à stocker) du gras » et de l’autre, « les récepteurs bêta qui, lorsque stimulés, métabolisent (= décomposent/ ≈ « détruisent ») le gras ». Or, Mère Nature, dans sa plus arbitraire iniquité, a voulu que pour chaque récepteur bêta situé au niveau des hanches d’une femme, il y ait neuf récepteurs alpha alors que chez l’homme, ces récepteurs sont répartis quasi-uniformément sur l’ensemble du corps dans un ratio de 1:1 (Rossi, 2000)

Parlant de grâce (grasse ?) naturelle …

 

Différences histoliogiques des structures de collagène entre l'homme et la femme
Image 2 – Différences histologiques de la structure du collagène entre l’homme et la femme

 

Pour finir, si la cellulite « squatte » plus volontiers les formes généreuses d’une femme que celles d’un homme, c’est aussi en raison du type d’hormones que vous produisez mesdames.

En fouillant un peu dans votre mémoire, section cours de biologie du lycée avec Monsieur ou Madame Tsétard, vous vous rappellerez probablement avoir appris que les femmes produisaient surtout des œstrogènes tandis que les hommes, eux, produisent essentiellement de la testostérone. Or, ce que Monsieur ou Madame Tsétard ont sciemment omis de vous préciser, probablement de peur de passer pour misogyne dans un contexte de féminisme déjà à fleur de peau (d’orange), c’est que ces premiers stéroïdes – les œstrogènes donc – ont tendance à produire du gras tandis que le second – la testostérone donc – a plutôt tendance à le décomposer.

Bref, inutile d’en ajouter ! Vous avez hélas compris que le corps d’une femme offrait bel et bien toutes les conditions génétiques propices au développement et à l’installation (durable) de la cellulite.

 

 

En dehors du facteur génétique, existe-t-ils d’autres facteurs qui concourent au développement de la cellulite chez la femme ?

 

En dehors de la composante génétique, huit autres facteurs peuvent concourir au développement de la cellulite :

Les huits causes de la cellulite_2

1. La résistance à l’insuline et le diabète : en plus d’accélérer les gains de graisses, ce combo favorise la production de composants des tissus conjonctifs nommés glycosaminoglycanes qui favorisent la rétention d’eau (Lotti 1990, cité dans Moussa, 2013), et donc, la cellulite.

2. Le surpoids : en cas de prise rapide de gras, les cellules de graisses (= les adipocytes) s’élargissent. Or, si les éléments structurels permettant de retenir ce gras supplémentaire à sa place, c’est-à-dire sous la peau, n’ont pas le temps de se développer proportionnellement, fortes sont les chances que les couches inférieures de gras remontent à la surface, soit directement sous la peau, ce qui se traduit ipso facto par l’apparition de cellulite.

« Dans ce cas, comment se fait-il que ma copine en chair et en chair n’ait pas de cellulite, contrairement à moi qui ne suit faite que d’eau et d’os » ?

N’oubliez pas, madame, que la cellulite n’est pas tant une question de quantité de graisse qu’une question de présence suffisante ou non des éléments structurels (collagène surtout) qui permettent de la maintenir à sa place sous la peau (cf. image 1). Or, si votre prise de gras est graduelle, et que vous n’êtes en outre pas génétiquement prédisposé(e) à en avoir, il est tout à fait possible que vous preniez une quantité confortable de graisses sans pour autant développer de cellulite. Et le versa du vice bien évidemment…

3. L’hypothyroïdisme : les hormones secrétées par la glande thyroïde étant directement impliquées dans la production de l’acide hyalunorique et  du sulphate de chondroïtine – deux des éléments structurels du derme –, un ralentissement de la glande thyroïde peut donc venir entraver la synthèse de ces deux agents qui sont chargés de maintenir le gras à sa place sous la peau.

4. Le stress : via ses effets directs et indirects sur la production des hormones thyroïdiennes, le stress peut lui aussi venir entraver la synthèse et le renouvellement des éléments structurels du derme.

5. Le manque d’exercice : non seulement pour ces effets délétères sur la sécrétion des hormones thyroïdiennes, mais aussi pour ceux qu’il peut avoir sur la circulation sanguine, la rétention d’eau, la prise de poids (gras) et la résistance à l’insuline, le manque d’exercice représente probablement à lui seul, le facteur « contrôlable » le plus important en matière de prévention et de lutte contre les capitons.

6. Les déséquilibres alimentaires : au côté du manque d’exercice, un régime alimentaire déséquilibré – notamment pauvre en potassium, en zinc, en cuivre et en sélénium – exacerbe lui aussi souvent le phénomène de cellulite.

7. Le tabac et l’alcool : en entravant la vasodilatation (= la circulation sanguine), le cocktail cigarette-alcool possède l’incommensurable vertu -(une de plus) d’aggraver aussi bien l’état de la peau d’orange que de réduire à peau de chagrin la taille de votre matière grise. S’il vous en reste assez, tâchez donc d’y réfléchir par deux fois avant d’avaler votre prochaine bouffée/gorgée (borgée?) de ce cocktail fumeux à souhait.

8. Le port de collants et de sous-vêtements avec élastiques (Hill,  2010) : ce facteur peut sembler ‘accessoire’ (et pour cause) et pourtant ! En entravant la circulation sanguine, le port de sous-vêtements serrés entrave le drainage lymphatique, empêchant ainsi en partie l’élimination de la cellulite des parties du corps où cette dernière se loge de préférence, c’est-à-dire au niveau de la culotte de cheval, du bas de l’abdomen et du pourtour des hanches. Or, avec le diktat de ‘l’ensaucissonement’ vestimentaire qui régit le monde de la mode moderne, les femmes souffrant de cellulite ne se rendent pas compte qu’en voulant jouer la carte du B.C.B.G, c’est surtout leur peau qu’elles « drapent » de Boursouflures de Cellulites Bien Grasses !

 

 

La cellulite … ou l’histoire d’un ancien canon de beauté jeté en disgrasse !

 

En définitive, comme nous pouvons le voir, ce ne sont donc pas un, mais une pléiade de facteurs qui semblent concourir au développement de la cellulite.

Pour des raisons iniques dont la seule responsable est Garce Nature, il semblerait que la femme ait eût, sur ce coup-ci, la malchance de tirer le mauvais numéro à la tombola génétique organisée par l’Alma Mater il y a environ 1 milliard d’années, date correspondant à l’apparition des premières cellules sexuées sur Terre.

Cela dit, reconnaissons qu’il est assez facile de s’en prendre à une Mère Nature qui, en dépit de sa ravageuse toute-puissance, ne possède ici aucune arme appropriée pour se défendre.

D’ailleurs, ne portons-nous pas le problème à faux ? Ne serait-ce en effet pas plutôt l’Histoire des hommes, principalement écrite par ces derniers, au grand dam de ces dames, qui soit à incriminer à la place ?

Pour rappel, avant qu’elle ne devienne un diktat de la mode moderne, la cellulite n’était pas un signe « d’infection », bien au contraire (Lotti, 1990) !

L'arrivée de Marie de Médicis, Rubens, 1621
Image 3 – Les peintres de la Renaissance française ou italienne comme Rubens et Boticelli n’hésitaient pas à représenter des femmes à la peau d’orange sur leur toile. En effet, à l’époque, les capitons n’étaient pas perçu comme un “signe d’infection” mais au contraire, comme un signe de distinction sociale et, par voie de conséquence, comme un critère de beauté  (Tableau : L’arrivée de Marie de Médicis, Rubens, 1621)

Jusqu’à la fin du XIXème siècle, les femmes enveloppées étaient recherchées car elles représentaient la bonne santé et la volupté. Synonyme de fécondité et d’opulence, la cellulite était alors considérée comme un critère esthétique, les peintres comme Boticelli et Rubens n’hésitant pas à représenter des femmes nues aux formes généreuses et à la peau d’orange sur leurs toiles.

Si les choses ont changé depuis, c’est donc principalement à cause des hommes qui, vers le milieu du XXème siècle, ont commencé à s’enticher des femmes fluettes, imposant ainsi de nouveaux canons de beauté – bien plus contraignants que les précédents –, à leur tendre et chère (chaire).

Avec l’aide de deux savants français, M. Alquier et M. Paviot, qui la jetèrent définitivement en disgrasse… *erratum* en disgrâce … en la décrivant dès 1920 comme une « infection », la cellulite fût rétrogradée en l’espace de quelques décennies à peine du statut de distinction à celui d’imperfection. Et c’est ainsi que le sexe fort scella définitivement la destinée des femmes du XXème  et XXIème siècle…

 

Moralité de l’histoire :

Si durant votre prochain « état-des-lieux » devant le miroir, l’envie vous prenait, Mesdames, de vous en prendre à l’ingratitude de Mère Nature , peut-être serait-il plus judicieux que vous canalisiez une fois de plus votre légitime colère pour votre mari qui, une fois rentré, aura bien mérité un nouveau couplet de votre sempiternelle ritournelle :

« Tu vois chéri, tout ça là, c’est encore de ta faute ! » ;-)

 

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Références

Emanuele E, Bertona M, Geroldi, D. A multilocus candidate approach identifies ACE and HIF1A as susceptibility genes for cellulite. J Eur Acad Dermatol Venereol. Août 2010 ; 24(8): 930–935.

Harmon, K. Is Cellulite Forever? Scientific American™, Mai 2004. Web. 20 Septembre 2013

Hill JR. Reduction of cellulite. Patent WO2010098872 A1.  2 Septembre 2010. Web. 21 Septembre 2013 < http://www.google.com/patents/WO2010098872A1 >

Lotti T, Ghersetich I, Grappone C, Dini G. Proteoglycans in so-called cellulite. Int J Dermatol. Mai 1990 ; 29(4):272-4

Moussa, A. The Etiology of Cellulite, Genetical and Behavioural Risk Factors? Physical and Supplemental Treatment Strategies & Their Efficacy. SuppVersity,  Juil 2013. Web. 18 Septembre 2013.

Rossi AB, Vergnanini AL. Cellulite: a review. J Eur Acad Dermatol Venereol. 2000 Juillet ; 14(4):251-62.

Wanner M, Avram M. An evidence-based assessment of treatments for cellulite. J Drugs Dermatol. Avril 2008 ; 7(4):341-5.