« It’s gettin’ hot in here ! »

Vous arrive-t-il de consommer des piments forts ?

Oui.

Alors vous serez probablement familier de la sensation de chaleur qui accompagne leur ingestion.

Cette sensation, qui traduit une élévation réelle de votre température corporelle – de votre « thermogénèse » en langage savant (de Marseille) –, est le fait de la présence d’un composé actif à l’intérieur du piment : la capsaïcine.

Arme dont Mère Nature a doté certaines plantes – en particulier leurs graines – pour les protéger de la prédation, la capsaïcine est utilisée depuis de nombreuses années pour ses vertus brûle-graisse dans le monde de la diététique et du sport.

En stimulant la production de deux hormones, l’adrénaline et la noradrénaline, ce composé chimique de la famille des alcaloïdes permettrait en effet de brûler les sucres et les graisses en réserve et d’augmenter vos dépenses énergétiques au repos grâce à une élévation de votre température corporelle. Mais cette hypothèse est-elle éprouvée scientifiquement ?

La capsaïcine aide-t-elle effectivement à perdre du gras ?

 

 

La capsaïcine aide à lever les “plateaux” en cas de régime

 

C’est à cette question que des scientifiques de l’Université de Maastricht [1], au Pays-Bas, ont tenté d’apporter une réponse dans une étude publiée début 2013 (Janssens et.al).

Pour ce faire, les chercheurs ont soumis 15 sujets, tous en bonne santé, à quatre sessions de 36 heures dans une chambre calorimétrique, une pièce spécialement conçue pour mesurer leurs dépenses énergétiques en activité et au repos. 

Après avoir mesuré le taux d’utilisation des graisses et la tension artérielle des sujets suite à l’ingestion de 2,56 mg [2] de capsaïcine par repas, voici ce que les scientifiques ont pu observé :

 

Capsaïcine et apports caloriques : les deux variables de contrôle

À noter que la dose de capsaïcine n’a pas été la seule variable que les chercheurs ont modulée au cours de cette expérience.

En plus de vérifier ce qui se passe lorsque les sujets consommaient une dose de capsaïcine avec un repas, Janssens et.al ont également cherché à savoir si différents niveaux d’apports énergétiques pouvait influencer le pouvoir brûle-graisse de la capsaïcine.

À cette fin, ils ont donc divisé les sujets aléatoirement en deux groupes : le premier a reçu un nombre de calories adéquat (correspondant à 100% de leur besoins énergétiques quotidiens) et le second, un nombre de calories réduit (correspondant à 75% de leurs besoins énergétiques quotidiens).

 

 

Cliquer sur l’image pour l’agrandir (Crédit image : Suppversity / Adpatation : Bodyssime)

 

1. Pour commencer, l’adjonction de 2,56 mg de capsaïcine à chaque repas n’a eût que peu d’effets sur le niveau des dépenses énergétiques totales des sujets, et ce, qu’il soit soumis à une diète ou pas.

2.  La diminution de l’apport calorique de 25% (diète) a provoqué à elle seule une majoration de l’oxydation des graisses de +33%, un effet augmenté lorsque les sujets qui y ont été soumis consommait en plus de la capsaïcine (+45% d’oxydation des graisses pour le combo « diète + capsaïcine »).

3. Pour finir, la consommation de 2,56 mg de capsaïcine par repas s’est traduite par une amélioration significative de la thermogenèse des sujets, que cette dernière soit induite par la diète ou par l’exercice. Autrement dit, la capsaïcine a permis de maintenir les dépenses énergétiques au repos des sujets soumis à une diète à un niveau élevé.

 

Ce dernier point est essentiel car il démontre que la capsaïcine pourrait améliorer l’adaptation de l’organisme à un déficit énergétique.

Si vous êtes un(e) adepte des régimes à 300 calories (et une rondelle de concombre) par jour, vous ne serez pas sans savoir en effet qu’en cas de régime sévère et/ou prolongé, votre organisme finit toujours par s’adapter au moindre apport énergétique induit par la diète en réduisant le niveau de ses propres dépenses. En clair, lorsque vous mangez moins pendant une longue période, votre organisme passe au bout d’un certain temps en mode « économie d’énergie ». Votre métabolisme ralentit et vous ne perdez alors plus de poids – encore moins du gras : c’est le fameux et si redoutable “plateau” !

Or, ce que l’étude de Janssens et.al nous apprend, c’est que la capsaïcine pourrait vous aider à lever ce “plateau” en poussant votre organisme à être moins paresseux et plus énergivore en cas de restriction calorique.

Dans le graphique présenté ci-dessus, on voit bien que l’adjonction de 2,56 mg de capsaïcine à chaque repas s’est non seulement traduite par une activation significative de la thermogenèse des sujets, mais aussi par une élévation de leurs dépenses énergétiques au repos ; deux conséquences qui, combinées, sont favorables à la perte de poids et de gras.

 

Pourquoi le métabolisme ralentit-il en cas de diète sévère ou prolongée ?

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Bien qu’il soit naturel que la confrontation à un plateau de poids vous fasse pester, le processus qui le sous-tend l’est tout autant.

En effet, le ralentissement du métabolisme observé en cas de diète sévère et/ou prolongée n’est que le corollaire d’un mécanisme de survie instinctif, legs de notre évolution en tant qu’espèce.

Pour préserver l’équilibre de vos fonctions vitales (respiration, battements du cœur, circulation sanguine, activité cérébrale, etc.), votre organisme est en effet contraint de gérer plus parcimonieusement les ressources énergétiques – plus rares en raison de la restriction calorique – auquel il a accès.

Pour ce faire, il met donc en quelque en sorte “en veille” les fonctions non-essentielles à sa survie, comme certaines fonctions de l’anabolisme ou digestives.  

 

Notre conseil :

Bien entendu, les résultats prometteurs de l’étude de Janssenss sont à nuancer. Bien que la capsaïcine ait accrue le taux d’oxydation des graisses de l’ensemble des sujets, encore fallait-il en effet que ces derniers se mettent en position de la faire brûler.

Ce que nous voulons signifier par là, c’est que sans restriction calorique – même légère –, ni exercices physiques – même modérés, même le pourvoi d’un kilo de capsaïcine par repas n’aurait pas suffit à leur faire perdre du gras (en revanche,  il aurait suffi à les faire hurler de douleur sur la selle). Il ne sert donc à rien de capitaliser sur la capsaïcine si vous n’envisagez pas d’abord de vous mettre au sport et de corriger vos mauvaises habitudes alimentaires

Ceci étant dit, si votre alimentation est au top et que vous pratiquez une activité physique régulière, sachez que le piment d’Espelette, le piment de Cayenne (16 000 000 d’Unités Scoville), le gingembre (160 000 SHA) et le poivre (100 000 SHA) sont quatre excellentes sources naturelles de capsaïcine.

Utilisez-les donc régulièrement dans vos préparations au lieu d’investir dans des crèmes topiques ou des compléments alimentaires à base de capsaïcine qui n’en contiennent pas nécessairement plus et ne sont de surcroît pas nécessairement plus efficaces.

Mise en garde :

Consommez ces condiments avec modération si vous souffrez de problèmes d’hémorroïdes et/ou digestifs.

N’abusez pas par ailleurs des crèmes à base de capsaïcine car ce composé peut endommager les nerfs de façon irréversible (perte de la sensation de chaleur au toucher).

 

[1] Département de Biologie Humaine, École de Nutrition, de Toxicologie et du Métabolisme de l’Université de Maastricht
[2] Cette dose correspond à 1,03 gramme de piments rouges d’une valeur de 39 050 unités de chaleur Scoville

 

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Références

Janssens PHR, Hursel R, Martens EAP, Westerterp-Plantenga MS. Acute Effects of Capsaicin on Energy Expenditure and Fat Oxidation in Negative Energy Balance. PLOS ONE. 2 Juil 2013 ; 8(7): e67786.

Moussa A. Capsaicin keeps fatty acid oxidation & total energy expenditure up, when you’re dieting. Suppversity. Retrouvé le 30 Avril 2014 sur < http://suppversity.blogspot.com/2013/07/capsaicin-256mg-to-keep-your-metabolism.html >