Cette étude, qui nous vient tout droit du Département de Nutrition de la Harvard School of Public Health de Boston, en est une qui se boit comme du petit lait ! Et pour cause, selon cette dernière, les enfants nés de mères ayant consommé du lait entier durant leur grossesse auraient 25% de chances en moins de souffrir d’asthme durant leur enfance (Maslova et.al, 2012). Délectable, n’est-ce-pas ? Mais attendez avant de vous lécher les papilles car ce n’est pas tout !

Plus surprenant encore, les résultats de cette analyse longitudinale indiquent que les mères ayant consommé plus de 5 portions de laitages maigres/jour (i.e. lait écrémé et yaourts 0%) durant leur grossesse ont 8% de risques en plus d’avoir une progéniture souffrant d’asthme durant l’enfance et 40% de risques en plus de les voir souffrir de rhinites allergiques plus tard dans la vie. Idem pour les mères buvant du lait demi-écrémé, la prévalence de la condition asthmatiforme étant également dose-dépendante dans ce cas-ci.

La force de ces corrélations statistiques est qu’en plus d’être basées sur une analyse minutieuse de 60 000 paires mères-enfants stockées dans la base de données de la National Birth Cohorte Danoise, elles sont statistiquement significatives. Elles ont été de surcroît obtenues après un ajustement des données qui pouvaient interférer avec les résultats observées, autrement dit, après prise en considération des autres sources alimentaires supposées être bénéfiques ou causatives de l’asthme chez l’enfant (tels que les sources de zinc, de vitamine  D, vitamine E, etc.).

Maintenant, reste à savoir quelles sont les raisons qui justifient ces différences. Hélas, la question reste encore en suspend. Les scientifiques ont d’abord supposé que l’acide linoléique conjugué (ALC) et les acides gras trans présents dans le lait entier pouvaient expliquer ces différences, hypothèse que les résultats contradictoires relevés au sein de la cohorte de femmes qui avaient consommé du lait demi-écrémé – qui contient également de l’ALC et des acides gras trans – durant leur grossesse sont venus infirmer. Maslova et.al ont ensuite analysé les habitudes de vie des mères et de leurs enfants pour voir si un pattern pourrait se dégager, mais cette analyse n’a rien donné. À la lumière de ces deux « échecs », les scientifiques concluent que :

 

« La diversité et la complexité de nos résultats rendent difficiles l’interprétation et la mise en avant d’un seul agent pour expliquer les différences observées ;  cependant, l’association quasi-systématique observée entre la consommation de yaourts pauvres en graisses et l’existence de l’asthme chez l’enfant suggère que certaines substances spécifiques à ces produits, tels que les édulcorants artificiels, puissent jouer un rôle » (Maslova et.al, 2012).

ADDENDUM : Association n'est pas causalité et vice-versa ...

Ce n’est pas parce que X est associé à B que X cause B et vice-versa. Dans le même ordre d’idée, ce n’est pas parce que Maslova et.al ont constaté que les femmes qui consommaient des laitages maigres durant la grossesse (X) avaient en même temps des enfants qui souffraient plus d’asthme (B) que c’est la consommation de ces laitages qui a causé les problèmes d’asthme relevés chez ces enfants.

Pour reprendre une analogie connue, si vous voyez des pompiers dans un immeuble en feu (X), vous ne vous direz pas que ce sont les pompiers qui ont causé ce feu (B) – X n’a pas causé B (à moins que vous ne sachiez que la plupart des pompiers sont des pyromanes en puissance ;-). Et pourtant, ils sont présents dans l’immeuble en même temps que l’incendie – la présence de X est en revanche associée à la présence B…

Quant aux malins dont la vivacité d’esprit n’est pas la cause de leur suffisance (mais y est associée), il se peut que cet immeuble brûle sans que les pompiers n’interviennent, auquel cas B ne cause pas non plus nécessairement la présence (l’intervention) de X.

 

Évoquant les édulcorants, les scientifiques pointent plus spécifiquement du doigt l’aspartame qu’ils accusent d’être impliqué dans l’étiologie de l’asthme. Cela dit, ils prennent, pour ce faire, appui sur une étude de 2010 dont la méthodologie laissait à désirer (Gidéon, 2010), omettant dans la foulée de mentionner des études telles que celle de Gariga et.al qui n’ont pas réussi à démontrer de lien entre la consommation d’aspartame et le développement ou la prévalence de la condition asthmatiforme.

Moralité : à votre prochaine crise d’asthme, n’incriminez pas la sucrette que vous avez mise dans votre quadruple Nespresso d’en être la cause. Le froid, la fumée de tabac dans la pièce, la consommation préalable d’arachides, le pollen dans l’air ou la caféine contenue dans votre 4xNespresso elle-même, etc… sont autant de facteurs susceptibles de l’avoir déclenché !

 

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Références

Ekaterina Maslova E, Halldorsson TI, Strøm M et Olsen SF. Low-fat yoghurt intake in pregnancy associated with increased child asthma and allergic rhinitis risk: a prospective cohort study. J Nutr Sci. 6 Juill 2012; 1:e5

Garriga MM, Berkebile C, Metcalfe DD. A combined single-blind, double-blind, placebo-controlled study to determine the reproducibility of hypersensitivity reactions to aspartame. J Aller Clin Immun. Avril 1991; 87(4):821–827.

Gideon B (2010) Aspartam: Nu også i ikke ‘Light’ produkter. Retrouvé le 18 Septembre 2013 sur < http://www.infowars.dk/content/aspartam-nu-ogs%C3%A5-i-ikke-light-produkter >