La testostérone : sérum de vérité ?

 

 

Les mythos souffriraient-ils d’un simple déficit en testostérone ?

 

 

La question se pose si l’on en croit les résultats insolites d’une étude publiée en 2012 dans le journal PLOS ONE (6).

Dans le cadre de ladite, des scientifiques allemands ont en effet réussit à démontrer que les hommes qui jouissent d’un taux de testostérone supérieur à la moyenne sont, en moyenne, moins susceptibles de mentir que des hommes qui en ont inférieur à la normale.

Comment les scientifiques s’y sont-ils pris pour le démontrer ?

 

Déterminer T rend plus honnête

 

 

Coumme par nazard … plus du double de “5” dans le groupe placebo ! :-/

 

 

Distribution des gains rapportés par les sujets des deux groupes (Testostérone _ Placebo)

Graphique 1 – Distribution de la fréquence des bénéfices rapportés par les sujets du groupe ayant reçu la testostérone (groupe A) et ceux ne l’ayant pas reçu (groupe B). À noter que dans une distribution statistique normale (i.e. “sans triche”), la fréquence des bénéfices rapportés par les sujets auraient du être plus ou moins la même pour chaque numéro (aux alentours de 20% par numéro). Or, on voit nettement que ce n’est pas le cas, ce qui plaide en faveur d’un “remaniement” des résultats par les sujets des deux groupes, et bien plus particulièrement ceux du groupe placebo dont la distribution des bénéfices est ‘anormalement’ à leur avantage.

 

Comme vous pouvez le constater, les sujets qui n’ont pas reçu la testostérone ont scoré près de deux fois plus de 5 (correspondant à un gain de +5  euros à chaque fois) et deux fois moins de 6 (correspondant à un gain de 0 euro) que ceux du groupe l’ayant reçu, comme si leur dé “avait su” à chaque fois sur quel numéro il fallait tomber

Vous noterez en revanche qu’ils n’ont quasiment pas scoré de 1, de 2  et de 3, numéros qui leur auraient valu à chaque fois de gagner une somme équivalente en euros.

 

 

Souffler le bon numéro aux dés de 6 faces

 

Ironie à l’écart, la distribution anormale des résultats enregistrés plaident à l’évidence en faveur de leur “remaniement” par les sujets des deux groupes même si ceci est BEAUCOUP plus marqué au sein du groupe placebo [2].

 

 

Car comme le note les scientifiques dans le corpus de leur rapport :

“[…] Le bénéfice moyen rapporté par le groupe placebo est de 4,18 euros alors qu’il est de 3,33 euros pour le groupe testostérone. Cette différence est statistiquement significative (p-value = 0.01). […] La différence d’effet de causalité est la plus frappante sur le numéro 5, qui est associé à la plus forte raison matérielle de mentir. […] Il s’avère que des niveaux de testostérone supérieurs sont de fait associés à des gains pécuniaires moindres au sein de l’échantillon. Nous n’observons donc pas seulement un effet de causalité mais aussi une corrélation globale significative entre la testostérone et la propension à mentir.”

 

 

La testostérone, bien plus que la simple “hormone de l’agressivité” !

 

La testostérone, nouveau sérum de vérité donc ?

Bien entendu, même si les résultats de cette étude suggère qu’un taux de T élevé est inversement corrélé à la propension d’un individu à mentir, difficile d’émettre de telles conclusions.

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Il existe bien trop de variables — autres que celles purement biochimiques —, qui entrent en jeu pour expliquer pourquoi, face à une situation donnée, une personne va choisir de s’engager dans un comportement malhonnête ou non.

Mais là où cette étude apporte un éclairage nouveau, c’est qu’elle réhabilite la testostérone en lui conférant une dimension prosociale qui tranche avec son image “d’hormone-sociopathe” dont les seules manifestations seraient l’agressivité, l’égoïsme et l’instinct de la domination.

 

Ces résultats contredisent la dimension unidimensionnelle de la testostérone qui résulte en un comportement antisocial. Quelques euros ne sont évidemment pas une raison suffisante de mettre son amour-propre en péril” résume ainsi le professeur Armin Falk, l’un des coauteurs de l’étude.

 

 

En effet, selon les scientifiques, la fierté accrue associée à des taux de T supérieurs pourrait pousser l’Alpha Mâle qui sommeille en chacun de nous à développer une image positive de lui-même, ce qui, directement ou indirectement, se traduirait en aval par moins de comportements (mensonges, tricheries, hypocrisie, etc.) susceptibles d’écorner les valeurs (intégrité, honnêteté, humilité & autres futilités morales encombrantes) que cette image implique d’incarner et de défendre.

 

 

Cet effet prosocial de la T ne se limiterait d’ailleurs pas qu’à l’honnêteté puisque des études ont démontré que les individus qui en sont bien nantis sont également plus enclins :

 

1.  … à faire des propositions justes, satisfaisants les deux parties, au cours de négociations (y compris des femmes à qui l’on en administre) (2) ;

2.  … à coopérer entre eux au cours d’épreuves de marchandage (5) ;

3. … à s’engager dans un comportement de réciprocité, voire de générosité, si le parti adverse est jugé digne de confiance (3).

 

 

Mot de la fin :

 

Ceci étant dit, désenflez du mollet, Alpha mâles !

 

L’objet de cet article n’est certainement pas de justifier votre état de rut permanent, et encore moins de faire de ce dernier la conséquence naturelle d’un “trop-plein ‘d’honnêteté’ sexuelle” que vous chercheriez à exprimer “en toute sincérité” (c’est-à-dire, sans chercher à le réprimer) en courant derrière tout ce qui bouge.

 

Bien qu’il réhabilite en partie l’hormone mâle, cet article ne peut non plus occulter les résultats des nombreuses études scientifiques qui ont mis en exergue les conséquences négatives (agressivité, besoin de domination, égoïsme, voire égocentrisme) d’un excédent de testostérone sur le comportement social (1, 4, 7).

 

De plus, gardez en tête que si la T peut influencer votre comportement, il en va de même dans l’autre sens, votre comportement pouvant lui aussi directement affecter vos niveaux de T (et d’autres hormones).

 

Vous n’avez par exemple qu’à changer de comportement alimentaire en intégrant quelques-uns de ces douze super-boosters naturels de testostérone à vos habitudes alimentaires pour en avoir la preuve.  

 

Quant à vous, Bêta (feu-)mêles qui pourriez vous sentir injustement marginalisés en raison de ce défici-T permanent qui vous caractérise, inutile de courir acheter du Viagra dès demain pour commencer à moins “mythonner”. 

 

Comme je l’ai évoqué plus haut, la testostérone n’est en effet qu’une petite partie de l’équation expliquant pourquoi vous aimez (vous ?) raconter des salades d’abord, et plus généralement pourquoi vous êtes qui vous êtes.

 

Des choses comme votre éducation, vos valeurs, votre courage, le contexte dans lequel vous vous trouvez, etc., etc. … sont bien plus susceptibles d’expliquer pourquoi vous – comme d’autres mieux nan-T-is d’ailleurs – pratiquez … :

 

a. parfois, 

 

b. souvent, 

 

c. toujours,

 

… l’art délicat du “maquillage de la vérité”.

 

Par conséquent, l’excuse de “c’est pas ma faute si je mens, ce sont mes gesticules qui marchent mal”, à d’autres. 

 

S’il-vous-plaît.

 

 

[1] À noter au passage que ni les scientifiques, ni les sujets des deux groupes n’étaient au départ au courant de qui recevraient la substance active et qui ne la recevraient pas (expérience conduite en double aveugle), et ce, afin de ne pas fausser les résultats.

 

[2] Lorsqu’elles sont présentes, les étoiles au dessus des barres du 0, du 1, du 2 et du 3 indiquent que le nombre de fois où ces bénéfices ont été rapporté par les sujets est anormalement bas. En revanche, les étoiles au dessus du 5 indiquent l’inverse, à savoir que le nombre de fois où ce gain a été rapporté par les sujets est anormalement élevé.

 

 

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(1) Dabbs JM, Morris R. Testosterone, Social Class, and Antisocial Behavior in a Sample of 4,462 Men. Psycho Sci. Mai 1990 ; 1(3) : 209-211

(2) Eisenegger C, Naef M, Snozzi R, Heinrichs M,  Fehr E. Prejudice and truth about the effect of testosterone on human bargaining behaviournear-final version. Nature. 21 Jan 2010 ; 463 : 356-359.

(3) Maarten AS, Mehta PH, et.al. Testosterone Inhibits Trust but Promotes Reciprocity. Psycho Sci. 26 Sept 2013 ; 24: 2306  

(4) Terburg D, van Honk J. Approach–Avoidance versus Dominance–Submissiveness: A Multilevel Neural Framework on How Testosterone Promotes Social Status. Emot Rev. Juil 2013 ; 5(3) : 296-302.

(5) Van Honk J, Montoya ER, Bos PA, van Vugt M, Terburg D. New evidence on testosterone and cooperation. Nature. 23 Mai 2012 ; 485(7399) : E4-5. 

(6) Wibral M, Dohmen T, Klingmüller D, Weber B, Falk A. Testosterone Administration Reduces Lying in Men. PLoS ONE. 2012 ; 7(10): e46774. 

(7) Zak PJ, Kurzban R, Ahmadi S, Swerdloff RS, Park J, Efremidze L, Redwine K, Morgan K, Matzner W. Testosterone administration decreases generosity in the ultimatum game. PLoS One. 16 Déc 2009 ; 4(12) : e8330.