Nul besoin d’être épidémiologiste pour constater la pandémie de « diabésité » qui touche nos sociétés modernes.

Avec l’avènement de l’ère du fast-food et la consécration du « syndrome de la patate de canapé », l’obésité et le diabète se répandent de nos jours avec presque autant de virulence que le virus dogmaticus stupidicus dans les esprits à la fibre rationnelle fébrile.

Le syndrome de la patate de canapé » : késaco ?

Aimez-vous resté affalé des heures durant devant la télé ou l’écran de votre ordinateur ?

Le cas échéant, fortes sont les chances que vous souffriez du syndrome de la patate de canapé.  

Bien que burlesque, cette expression scientifique consacrée a été pour la première fois utilisée dans une étude australienne publiée dans le sérieux journal Diabete Care en 2008.

À toutes fins utiles, vous noterez que cette dernière a de nouveau réussi à établir un lien entre la sédentarité et la majoration des risques métaboliques (↑ diabète, ↑ maladies cardiaques, ↑ cancers, etc.) (Healy GN et.al, 2008).

Prenons le cas du diabète par exemple.

Au Maroc, celui-ci affecte aujourd’hui près de 10% de la population des jeunes âgés de plus de 20 ans et 14% de celle des plus âgés de 50 ans, soit environ 1 500 000 personnes. D’ici 2030, les statistiques de la Ligue Marocaine de Lutte contre le Diabète prévoient une élévation de ce chiffre à 2,6 millions personnes, soit une progression de +40% sur les seules quinze prochaines années (2013) !

Plutôt pessimistes, ces projections reflètent pourtant assez bien celles anticipées dans le reste du monde.

Le hic maintenant avec le diabète, c’est qu’au delà de la réalité statistique que nous venons de décrire , il est une réalité physique – physique et mortelle qui plus est.

Par conséquent, si vous aussi craignez d’en développer un, un jour, soyez proactif(ve) et commencez par surveiller dès aujourd’hui vos apports alimentaires en magnésium car il se pourrait bien que celui-ci vous sauve en partie la mise !

 

 

Plus de magnésium dans l’assiette = moins de risques de souffrir du diabète

 

Dans le cadre d’une étude publiée en février dernier dans le Journal of Nutrition, Adela Hruby et ses très nombreux collègues (cf. liste des références) ont en effet réussi à démonter à quel point un apport alimentaire adéquat en magnésium  était important pour un métabolisme optimal du glucose, le sucre tel qu’on le retrouve dans le sang.

Pour en arriver à cette conclusion, les scientifiques sont partis de l’hypothèse selon laquelle la simple variation d’un gène entre deux individus (polymorphisme nucléotidique) ayant un apport alimentaire  égal en magnésium pouvait expliquer pourquoi l’une a une glycémie à jeun élevée (hyperglycémie) et souffre de résistance à l’insuline – donc de diabète – tandis que l’autre pas.

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Image 1 – La largeur de l’échantillon (+ de 50 000 individus) dans le cadre de cette étude est une gageure certaine de la représentativité des résultats que les scientifiques ont obtenus.

Pour tester leurs hypothèses, les scientifiques ont donc passé en revue quinze études du consortium CHARGE pour Cohorts for Heart and Aging Research in Genomic Epidemiology (trad. « Cohortes sur la Recherche pour le Cœur et l’Âge en Épidémiologie Génomique »). Cumulées, ces études représentaient un échantillon de 52 684 individus de descendance européenne n’ayant aucun antécédent de diabète.

Après avoir procédé aux ajustements statistiques nécessaires, les scientifiques ont découvert que chaque augmentation de + 50mg de magnésium par jour dans l’alimentation d’un individu était négativement associée à sa glycémie et à ses taux d’insuline à jeun. Autrement dit, plus un individu consommait des produits riches en magnésium, moins sa glycémie et ses taux d’insuline étaient élevés !

 

 

Le magnésium, remède contre une génétique défectueuse ?

 

Plus intéressant encore, l’amélioration du métabolisme du glucose relevée chez les individus consommant plus de magnésium semblait indépendante de leur patrimoine génétique, en témoigne l’absence de prodromes du diabète chez les porteurs d’un gène TRPM6 défectueux.

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Image 2 – En entravant le transport des ions magnésium (Mg2+) qui sont essentiels au métabolisme de l’insuline, la mutation du gène TRMP6 semble compromettre fortement l’action de l’insuline… sauf si les apports en magnésium sont suffisants en amont !

En effet, en plus d’être associée à un plus fort risque de souffrir d’hypoglycémie, une mutation de ce gène est responsable d’une disruption de l’afflux du magnésium dans les reins et les tissus épithéliaux (Habeb et.al, 2012; Lainez et.al,  2013). Or, dans le cadre de la présente étude, sa mutation semblait n’avoir que très peu d’effet sur la magnésémie des sujets de l’échantillon et sur leur glycémie à jeun pourvu que ces derniers aient une alimentation suffisamment riche en magnésium.

Ok, très bien ! Mais qu’est-ce-que tout ce baragouin chiantifique signifie concrètement ?

Tout simplement que de vous assurer un apport en magnésium suffisant (cf. cadre Apports Journaliers Recommandés en magnésium) est l’un des moyens les plus simples et les plus efficaces de vous prémunir des risques de souffrir un jour du diabète de type 2, et ce, qu’importe que votre patrimoine génétique vous prédispose ou pas à en développer un !

Par conséquent, si vous n’êtes pas né(e) avec cette condition – autrement dit, que vous n’êtes pas né(e) avec un diabète de type 1 (l’inné) –, cessez de craindre l’épée de Damoclès du diabète de type II (l’acquis) et agissez plutôt en conséquence, c’est-à-dire en commençant par mettre dès aujourd’hui plus de magnésium dans votre assiette !

Apports journaliers recommandés en magnésium par cohorte

 

 

« Faut-il que je me supplémente en magnésium ? »

 

Si vous consommez régulièrement des produits riches en magnésium (cf. le top 10 des meilleures sources alimentaires en magnésium plus bas) et que vos niveaux de stress sont par ailleurs sous contrôle, la réponse est non.

Une alimentation faisant la part belle aux céréales complètes (pain complet, riz complet, flocons d’avoine, germes de blé), aux oléagineux (comme l’amande, la graine de tournesol ou la graine de lin), aux légumineux (comme les lentilles) ou encore aux produits riches en cacao, peut a priori aisément couvrir vos besoins journaliers en magnésium.

Si en revanche, vous avez pour mauvaise habitude de ne pas consommer ces produits-là, que vous prévoyez de ne pas le faire et que pour couronner le tout, vous êtes un(e) frénétique du travail, hyperactif(ve) chronique, caféinomane compulsif(ve) et fumeur(se) à plein temps, alors là, oui, il importe de considérer l’option de la supplémentation, en particulier si des antécédents familiaux vous prédispose à devenir diabétique.

L’étude qui suit vous démontre pourquoi.

 

Top 10 des meilleures sources alimentaires de magnésium

 

Dans le cadre de cette dernière, des scientifiques mexicains ont en effet analysés les effets qu’une supplémentation orale en chlorure de magnésium pouvait exercer « sur la capacité des cellules pancréatiques β à compenser pour les variations des sensibilités à l’insuline » d’individus non-diabétiques (Guerrero Romero et.al., 2011). Pour rappel, c’est la résistance de ces cellules à l’action de l’insuline qui est à l’origine du diabète.

Au terme de l’étude, les scientifiques ont constaté que les sujets ayant consommé le supplément à base de chlorure de magnésium ont vu leur sensibilité à l’insuline s’améliorer, et considérablement même, réduisant par la même leur risque de devenir un jour diabétique. À l’inverse, les individus du groupe de contrôle ont vu leur sensibilité à l’insuline demeurer la même, prouvant que l’effet insulino-régulateur du chlorure de magnésium n’était pas un effet placebo.

 

Alerte limite méthodologique !

Limites méthodologiques_fin

Si l’étude de Guerrero-Romero  corrobore bien l’idée qu’un apport suffisant en magnésium est plus que nécessaire pour un meilleur métabolisme du glucose, mentionnons qu’une de ses limites est qu’elle a été conduite sur un échantillon d’individus dont le statut en magnésium était à la base déficient.

La question qui se pose maintenant est de savoir si chez des sujets sains non-carencés en magnésium, un tel effet “antidiabétique” du chlorure de Mg aurait été constaté. En d’autres termes, une supplémentation en magnésium permettrait-elle d’améliorer encore davantage la capacité des cellules β à réguler l’action de l’insuline ?

La question se pose … 

 

 

Toujours est-il que si après avoir lu cet article, vous vous demandez si vos niveaux en magnésium sont suffisants pour vous prémunir en partie des risques de souffrir un jour du diabète de type 2, le seul moyen pour vous de le savoir serait de vous rendre dans un laboratoire d’analyses et d’y demander un bilan de votre magnésium intracellulaire (intra-érythrocytaire).

Gageons que si votre profil est celui d’une personnalité de type A, à savoir celui d’un(e) hyperactif(ve) / bourreau de travail sur-motivé(e) / caféinomane au dernier degré / addict à la nicotine et shooté(e) au stress / habitué(e) des fast-food et autres aliments-poubelles etc, vous découvriez que celui-ci est loin d’être bien reluisant…

 

 

Notre conseil :

Si vous ne pratiquez aucune activité physique majeure, visez entre 350 et 450 mg de magnésium par jour si vous êtes une femme et entre 450 et 600 mg si vous êtes un homme.

Pour ce faire, mettez un maximum de produits de notre top 10 des meilleurs sources alimentaires de magnésium au menu de vos repas.

Si l’option alimentaire vous semble peu envisageable et/ou que vos niveaux de magnésium intracellulaire sont bas, investissez dans un supplément à base de chlorure de magnésium ou d’une de ces formes organiques (gluconate, glycérophosphate, taurate, fumarate, malate ou oratate) car ces-dernières sont bien mieux assimilées par l’organisme que les formes inorganiques (oxyde, hydroxyde, carbonate). 

Veillez à ce que ce supplément contienne au minimum 200 mg de magnésium.

 

 

 

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Références

A Hruby, JS Ngwa, F Renstrom, MK Wojczynski, A Ganna, G Hallmans, DK Houston, PF Jacques, S Kanoni, T Lehtimäki, RN Lemaitre, A Manichaikul, KE North, I Ntalla, E Sonestedt, T Tanaka, FJA van Rooij, S Bandinelli, L Djoussé, E Grigoriou, I Johansson, KK Lohman, JS Pankow, OT Raitakari, U Riserus, M Yannakoulia, MC Zillikens, N Hassanali, Y Liu, D Mozaffarian, C Papoutsakis, A-C Syvanen, AG Uitterlinden, J Viikari, CJ Groves, A Hofman, L Lind, MI McCarthy, V Mikkilä, K Mukamal, OH Franco, IB Borecki, LA Cupples, GV Dedoussis, L Ferrucci, FB Hu, E Ingelsson, M Kähönen, WHL Kao, SB Kritchevsky, M Orho-Melander, I Prokopenko, JI Rotter, DS Siscovick, JCM Witteman, PW Franks, JB Meigs, NM McKeown, JA Nettleton. Higher Magnesium Intake Is Associated with Lower Fasting Glucose and Insulin, with No Evidence of Interaction with Select Genetic Loci, in a Meta-Analysis of 15 CHARGE Consortium Studies. J Nutr. 2013 ; 143: 345–353.

Belkhadir J. Le diabète au Maroc. Ligue Marocaine de Lutte contre le Diabète. Retrouvé le 12 décembre 2003 sur < http://www.lmlcd.com/index.php?option=com_content&view=article&id=213&Itemid=29 >

Chambon, Versailles. Les sources de magnésium. Retrouvé le 12 décembre 2013 sur < http://www.chambon.ac-versailles.fr/science/sante/stress/mg/source.htm >

Guerrrero-Romero F, Rodriguez-Moran M. Magnesium improves the beta-cell function to compensate variation of insulin sensitivity: double-blind, randomized clinical trial. Eur J Clin Invest. 2011 Avr ;41(4):405-10.

Healy GN, Wijndaele K, Dunstan DW, et al. Objectively measured sedentary time, physical activity, and metabolic risk: the Australian Diabetes, Obesity and Lifestyle Study (AusDiab) Diab Care. 2008 ; 31(2):369–71.

Hollis J, Mattes R. Effect of chronic consumption of almonds on body weight in healthy humans. Brit J of Nutr. 2007 ; 98:651-656.

Wikipédia. Magnésium. Retrouvé le 12 décembre 2013 sur < http://fr.wikipedia.org/wiki/Magnésium >