Saviez-vous que les paresseux, lorsqu’ils vivent à l’état naturel, dorment moins de dix heures par jour ? (10)

Image 1 – Un paresseux s'adonnant à son activité favorite ...
Image 1 – Deux paresseux (un vrai et un faux) s’adonnant à leur activité favorite …

Nous ne parlons évidemment pas du genre Homo Citadinus Sedentaris ici mais de l’animal, le paresseux, à qui l’on a prêté pendant longtemps à tort la réputation de gros dormeur de son captif de cousin (plus de 16 heures de sommeil par jour !).

Pures calembredaines !

Le paresseux ne serait donc, par nature, pas aussi paresseux qu’on nous le fait croire.

Et il en va de même de son homologue à deux pattes, l’Homo Sapiens qui, qu’importe qu’il soit captif durant huit ou dix heures des bras de Morphée, n’en est pas pour autant d’une paresse de loir* !

Car non en effet, dormir beaucoup n’est pas nécessairement synonyme de paresse (voir encadré ci-dessous) pourvu que le temps que vous passiez éveillé(e) en soit un consacré à produire, à créer ou à innover !

'Pour réussir, il faut sacrifier son sommeil' : déconstruction (méthodique) d'un mythe moderne !

Depuis la ‘nuit’ des temps, le sommeil a toujours été associé à la paresse, à l’indolence et à la passivité tandis que son contraire – son absence – a quant à elle toujours été synonyme d’action, de dynamisme et de proactivité.

Image 1 – Napoléon,  petit dormeur notoire et homme d'action infatigable, est-il à l'origine de la mauvaise réputation du sommeil ?
 
Image 2 – Petit dormeur notoire et homme d’action infatigable, Napoléon serait-il en partie à l’origine de la mauvaise réputation du sommeil ?

Napoléon Bonaparte, petit dormeur notoire, n’est-il d’ailleurs pas célébré de tous – franchouillards en tête de lice – comme le conquérant ultime, l’homme de l’action inépuisable ?

Force est de constater que son exemple est au cœur-même du modèle de réussite de nos sociétés modernes, le sommeil étant dorénavant considéré comme une commodité compressible à souhait, voire pire encore, comme une perte de temps rédhibitoire pour celles et ceux qui chercheraient à accéder au firmament de la turgescence sociale.

Hélas, ce que le grand foutoir du Savoir Commun oublie de prendre en considération, dans sa plus miséricordieuse ignorance, c’est que ce même Napoléon souffrait probablement d’apnée du sommeil et que le temps limité qu’il passait à ronronner des nasaux était donc moins un choix de sa part qu’un fardeau qu’il devait supporter nuits raccourcies après nuits raccourcies. D’après certains historiens, cette privation chronique de sommeil lui aurait d’ailleurs coûté sa clairvoyance lors de la prise de décisions hautement stratégiques telles que celle de se retirer de Russie en 1812 (3).

Ce que le grand lupanar de la Croyance Infondée occulte également, c’est que ces affairistes insomniaques érigés aujourd’hui en parangons de réussite, paient cette dernière au prix fort, c’est-à-dire moyennant une réduction significative de leur espérance de vie en bonne santé. Ceci est particulièrement vrai lorsqu’à leur mode de vie frénétique s’ajoute la consommation régulière d’un cocktail CCC (caféine + coke + crack) qui leur permet de tenir sur les bons ‘rails’ durant la journée.

Image 2 – D'après plusieurs sources, Albert Einstein dormait généralement entre 10 et 12 heures par nuit. "Paresseux" pour un homme dont les contributions prolifiques ont révolutionné la physique moderne ...
 
Image 3 – D’après plusieurs sources, Albert Einstein dormait généralement entre 10 et 12 heures par nuit. “Paresseux” pour un homme dont les contributions scientifiques ont révolutionné la physique moderne ne trouvez-vous pas ? …

Enfin, ce que les grands dépositaires de la Science Infuse omettent de considérer, à leur propre insu (comme à chaque fois), c’est que la plupart de ces célèbres petits dormeurs de l’histoire passée ou contemporaine – Napoléon Bonaparte, Thomas Edison, Winston Churchill et consortcompensaient leur manque de sommeil nocturne en effectuant une à plusieurs sieste(s) durant la journée tandis que d’autres grands hommes, tel que le génie de la Science Diffuse (ou Diffusé à tout le moins) Albert Einstein, ne se réveillaient pour leur part qu’après que l’aiguille ait effectué un tour complet sur le cadran de l’horloge (compter 12 heures de sommeil/nuit pour pondre E = MC² ) (1).

 

 

Le point commun entre Rodger Federer, Lebron James et Usain Bolt  ? Plus de 9 heures de sommeil par nuit !

 

Et ce ne sont pas les sportifs de haut niveau qui vous diront le contraire !

Ces derniers savent en effet à quel point le sommeil joue un rôle fondamental dans le cadre de la récupération physique et, donc, de la performance sportive.

Pour preuve de cette importance accordée au temps passé « in the zzzzz-one », le numéro 3 actuel du classement ATP mondial, Rafaël Nadal, a déclaré avoir besoin de 8h30 de sommeil en moyenne par nuit pour se sentir frais.

Son rival suisse, Rodger Federer, a  quant à lui déclaré avoir besoin de ses 11 heures de remise-à-jour neurophysiologique quotidienne (4).

Image 2 – D'après le site Fatigue Science, le basketteur américain, Lebron James, se fendrait de 12 heures de sommeil par nuit.  À performances et physique extraordinaires, sommeil extra-ordinaire ?
Image 4 – D’après le site Fatigue Science, le basketteur américain, Lebron James, se fendrait de 12 heures de sommeil par nuit.  À performances et physique extraordinaires, sommeil extra-ordinaire ?

Et que dire de Lebron James et de ses 12 heures de plongée hypnotique nocturne : ne sont-ce pas là l’un des facteurs déterminants de son physique et de ses performances hors-normes** ?

 

Nombre d'heures de sommeil des plus grands athlètes actuels_3

 

Bref, vous l’aurez compris : un bon sommeil, tant en quantité qu’en qualité, est essentiel, en particulier si vous êtes un athlète ou aspirez à en devenir un.

Mais à quel point ?

Ou plus exactement, dans quelle mesure son apport optimal ou sous-optimal peut-il affecter vos performances sportives ?

 

 

Une privation de sommeil impacte rapidement les performances de force-puissance et de vitesse !

 

Dans la littérature scientifique, les études investiguant l’impact du manque de sommeil sur la performance sportive ne manquent pas.

Image 4 – Du fait de son rôle central dans le cadre de la récupération nerveuse, il n'est étonnant de constater que des sports qui exigent de la vitesse ou de la puissance soit rapidement impacté par une privation importante de sommeil.
Image 5– Du fait de son rôle central dans le cadre de la récupération nerveuse, il n’est pas étonnant de constater que des sports qui exigent de la vitesse ou de la puissance soient rapidement impactés par la privation de sommeil, même à très brève échéance.

En 2002, des scientifiques français ont par exemple constaté que les performances anaérobies (puissance maximale, puissance de pointe et puissance moyenne) d’athlètes de haut niveau n’étaient pas affectées après 24 heures de privation de sommeil mais qu’elles l’étaient en revanche passé le cap des 36 heures sans dormir (16).

Ce résultat a ensuite été confirmé en 2011 par des scientifiques allemands qui ont observé qu’après une deuxième nuit sans sommeil, les performances et la récupération d’athlètes de sports d’équipe étaient compromises au cours d’une série de sprints intermittents :

 

« La vitesse moyenne des sprints a été inférieure (2,78 ± 0,17 secondes) après la deuxième nuit sans sommeil par rapport à celle enregistrée après la première nuit blanche (2,70 ± 0,16 seconde). […] La distance parcourue durant les dix premières minutes de course à un rythme choisi par les participants a été également inférieure après la seconde nuit blanche. […] La concentration en glycogène musculaire était également inférieure avant les séries de sprints qui ont suivi la deuxième nuit blanche consécutive avec un taux avoisinant les 209 mmol/kg de masse sèche (± 60 mmol/kg) alors que celui enregistré chez les sujets ayant dormi les deux nuits d’affilée a été mesuré à 274 mmol/kg de masse sèche (± 54 mmol/kg). »(15)

 

 

Mais pas que … elle impacte aussi l’endurance !

 

Comme on peut le voir ici, la réduction du glycogène musculaire engendrée par le manque de sommeil serait donc en partie à l’origine des contre-performances relevées chez les athlètes ayant enchaîné deux nuits blanches.

À cet effet, on est donc en droit de se demander si les performances aérobies (≈ endurance, marathon, longue distance) ne sont pas susceptibles de souffrir davantage d’un manque de sommeil que les performances anaérobies (≈ sprint, musculation, haltérophilie) car comme le savent les coureurs de fond, la réussite au cours d’une épreuve d’endurance dépend en effet fortement du niveau des réserves de glycogène musculaire (≈ carburant) de départ.

Et ce n’est l’étude suivante qui leur dira le contraire !

Dans le cadre de ladite, des scientifiques américains ont en effet constaté que 24 heures de privation de sommeil suffisaient à elles seules à altérer les performances de courses de sportifs de loisir (9 , 14).

tired_treadmill_workout_exercise_runAu cours de cette expérience effectuée sur un tapis roulant, les participants du groupe ayant passé une nuit blanche n’ont en effet réussi à parcourir que 6547 mètres en 30 minutes alors que ceux ayant pu dormir entre 7 et 8 heures ont pour leur part réussi à courir 6773 mètres en moyenne !

Alors certes, la différence est minime mais n’oubliez pas qu’elle peut être suffisante pour gagner si vous faites de la compétition.

De plus, vous aurez noté qu’il ne s’agit ici que des effets d’une seule nuit de privation de sommeil, et non de plusieurs d’affilée.

Or, si une privation ponctuelle de sommeil est susceptible de provoquer de tels effets délétères sur la performance sportive, quid de sa restriction chronique, même modérée (i.e. dormir souvent moins que ce dont l’on a besoin)  ?

N’est-elle pas susceptible d’avoir un impact encore plus négatif sur vos performances sportives ?

 

Le manque de sommeil vous donne l’impression que les efforts que vous faites sont plus durs !

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Chose intéressante dans le cadre de l’étude sus-évoquée, aucune différence physiologique n’a été relevée entre le groupe ayant pu dormir et celui ayant fait une nuit blanche.

Ceci invalide donc en partie l’hypothèse selon laquelle la baisse des réserves de glycogène musculaire serait la seule responsable de l’altération des performances physiques provoquée par un manque de sommeil.

Au lieu de ça, plusieurs études invoquent l’altération de la perception subjective de l’effort comme raison principale de la réduction des performances chez les sportifs privés de sommeil (8; 8b).

Autrement dit, dormir moins se traduirait par une impression que les exercices que vous effectuez sont plus durs et/ou plus longs. De cette impression subjective découlerait ensuite une réduction objective de vos performances.

Doit-on donc en déduire que « tout est dans la tête » ?

Pas tout à fait. Pour savoir pourquoi, lisez la suite.

 

Glycogène, aérobie, anaérobie : késaco ?

Glycogène = le glycogène est un polysaccharide (“poly” = plusieurs + “saccharide” = sucres). Il est la forme sous laquelle les glucides sont stockés dans l’organisme et représente la principale forme de carburant musculaire . Lorsque le corps a besoin d’énergie, il décompose le glycogène en molécules de glucose.

Aérobie = Au niveau de l’entraînement, la filière aérobie représente les gammes d’intensité de travail de développement des qualités “d’endurance”. Elle traduit l’aptitude de l’organisme à extraire, transporter et utiliser l’oxygène pour transformer l’énergie.

Anaérobie = Au niveau de l’entraînement, la filière aérobie représente les gammes d’intensité de travail de développement des “qualités de force”, “force-vitesse”, voire même de “force-endurance”. C’est un processus qui se met naturellement en place dans les muscles lorsque l’effort auquel ils sont soumis dépasse les capacités d’oxygénation de l’organisme. 

 

 

Conséquences délétères d’une “dette” de sommeil sur la force, la vigilance et la coordination

 

C’est à cette question que quelques (rares) études scientifiques ont tenté de répondre.

En 1994, Reilly et Percy ont notamment étudié les effets d’une privation partielle de sommeil sur la force maximale et sous maximale de sujets sportifs (12).

Au terme de l’étude, les scientifiques ont constaté que les performances (1RM et 20 RM) des sujets au développé couché, à la presse à cuisse et au soulevé de terre ont toutes été négativement impactées par trois nuits de privation partielle de sommeil. Paradoxalement, ceci s’est produit alors même que ces derniers venaient de récupérer une partie de leur “dette” de sommeil le dernier jour de l’expérience, suggérant ainsi l’effet cumulatif de son déficit.

Dans le cadre d’une étude publiée en 2004, des chercheurs grecs ont été plus loin dans l’observation des effets ergolytiques de la restriction prolongée de sommeil (17).

Image  6 – L'un des effets délétères les plus rapides du manque de sommeil réside dans sa faculté à altérer la vitesse de réaction.
Image 6 – L’un des effets délétères les plus rapides du manque de sommeil réside dans sa faculté à altérer la vitesse de réaction. Autrement dit, il rend le cerveau lent (la preuve avec ce jeu de maux de ‘haute volée’ dont la vitesse de transmission à votre cortex préfrontal dépendra de la quantité de “brouillard” –  autrement dit, de manque de sommeil – sur vos grands axes neuronaux).

Après avoir placé 25 jeunes volontaires (12 hommes et 13 femmes) en bonne santé dans « un laboratoire d’hhibernation », les scientifiques leur ont imposé de ne dormir que 6 heures au lieu des 8 auxquelles ils étaient habitués. Au terme de sept nuits de restriction de sommeil, les résultats ont révélés que les sujets étaient non seulement moins vigilants durant la journée mais également moins coordonnés dans leurs mouvements qu’au début de l’expérience.

Ces résultats sont donc venus corroborés ceux de deux études menées antérieurement ayant établi les effets délétères d’un manque chronique de sommeil sur la vitesse de réaction et la coordination psychomotrice de sujets sportifs (2 , 18).

 

 

Mal de dos, douleurs aux genoux … et si le problème venait d’un simple manque de sommeil ?

 

D’autres études apportent d’autres éclairages sur les effets d’un manque chronique de sommeil.

L’une d’entre elle a par exemple révélé que les marqueurs de l’inflammation systémique – telles que l’interleukine- 6 et le TNF-α – pouvaient augmenter de façon significative en cas de restriction chronique de sommeil, plaidant ainsi en faveur de l’hypothèse selon laquelle la fibromyalgie aurait pour origine un sommeil insuffisant ou non-réparateur.

 

Graphique 1 – Évolution à la hausse des marqueurs de l'inflammation systémique (IL-6 et TNF-α) avant (en vert) et après (en rouge) la restriction de sommeil (Adapté de Vgontzas et.al)
Graphique 1 – Évolution à la hausse des marqueurs de l’inflammation systémique (IL-6 et TNF-α) avant (en vert) et après (en rouge) la restriction de sommeil (Adapté de Vgontzas et.al – Cliquer sur l’image pour l’aggrandir)

 

Derechef, ces conclusions sont confirmées par d’autres observations telle que celles de ces scientifiques américains qui, après avoir procédé à une expérience très similaire (40 sujets répartis en deux groupes, l’un avec restriction de sommeil et l’autre sans), ont constaté que les sujets qui présentaient un déficit de sommeil se plaignaient davantage de douleurs diffuses (mal de dos, mal au cou, inconfort digestif) que ceux qui n’en présentaient pas (6).

 

Pensez-y donc la prochaine fois que vous plaindrez d’une douleur articulaire sourde au genou, au coude ou de problèmes d’inconfort digestifs : ceux-ci pourraient en effet très bien avoir pour origine un tout bête déficit de sommeil, soit en temps, soit en qualité, soit les deux à la fois !

 

Fibromyalgie : késaco ?

Fibromyalgie - késaco -

La fibromyalgie est un syndrome (et non une maladie à proprement parler) qui se caractérise principalement par des douleurs osseuses, articulaires et musculaires diffuses à travers l’organisme et une fatigue débilitante.

 

 

Dépressif(ve) et toujours irrité(e) … et si le problème venait d’un manque de sommeil ?

 

Bien entendu, l’une des conséquences les plus manifestes du manque de sommeil réside dans sa faculté à altérer l’humeur.

Image 4 – Le sommeil, son manque ou son excès, joue probablement un rôle déterminant dans l'étiologie de la dépression. Son déficit chronique est en tout cas associée à une moindre empathie (Rosen et.al)
Image 7 – Le sommeil, tant de le sens de son excès que de son manque, joue probablement un rôle déterminant dans l’étiologie de la dépression. Son déficit chronique est en tout cas associé à une moindre faculté “à se mettre à la place des autres”  (empathie) … L’humanité entière souffrirait-elle d’un gros manque de sommeil ? o_O

Si vous ne vous en étiez pas déjà rendu compte par vous-même, l’optimisme et la sociabilité sont deux des aspects psychologiques les plus fortement impactés (-15%) par son déficit, même modéré.

D’après certaines études, les conséquences psychologiques débilitantes d’un manque chronique de sommeil iraient beaucoup plus loin même, pouvant se caractériser par une fatigue diurne excessive, une diminution nette du sentiment d’empathie, la genèse d’un état de dépression latent voire pire encore, l’éclosion d’un sévère burnout.

 

Que se passerait-il si vous restiez dix jours sans dormir ?

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Si vous vous êtes déjà posé cette question, soyez heureux(se) car vous n’aurez pas à tenter l’expérience par vous-même. Des scientifiques  l’ont déjà tentée pour vous, et ce, dans le cadre d’une étude conduite au début des années 1960 (7).

Son protocole d’intervention très « particulier » mérite d’ailleurs que l’on y consacre quelques lignes …

Il y a de cela tout juste 54 ans, Luby et ses collègues ont en effet demandé à un sujet, volontaire, de tenter un record assez fou : rester un maximum de temps éveillé sans l’aide de café, ni d’aucun stimulant.

L’objectif des scientifiques était clair : explorer les effets de la privation totale de sommeil sur le comportement, l’organisme et la capacité à raisonner de l’être humain.

Après 220 heures d’éveil sans interruption (soit presque 10 jours d’affilée !), les chercheurs ont noté que le sujet en question présentait de graves troubles comportementaux incluant, entre autre, « irritabilité, tendance paranoïaque, expansivité, mégalomanie, hallucinations visuelles et épisodes de rages ».

D’un point de vue physiologique, les effets de cette privation extraordinaire de sommeil se sont manifestés en trois temps avec le passage de son organisme par une phase d’alerte d’abord (jusqu’au quatrième jour environ), une phase de résistance ensuite (jusqu’au septième jour environ) et une phase d’épuisement total enfin (les trois derniers jours).

Pour finir, la coordination visuo-motrice, la concentration et la prise de décision du sujet se sont toutes détériorées au cours de l’expérience, tant et si fortement d’ailleurs qu’il fut impossible de les tester au neuvième jour et que l’expérience du être stoppée dès le lendemain.

 

 

En définitive, ne culpabilisez jamais de dormir. Culpabilisez plutôt de ne rien faire lorsque vous êtes éveillé !

 

Même si nous imaginons bien que vous ne resterez jamais réveillés 10 nuits d’affilée, les résultats de cette dernière expérience démontrent, aux côtés de ceux des études suscitées, le rôle central du sommeil dans le cadre de la récupération physique, cognitive et mentale, et donc, de la performance.

En regard de l’incidence de son déficit, total ou partiel, sur l’organisme, on est d’ailleurs en droit de se demander s’il n’est pas le facteur le plus susceptible d’influencer la performance sportive, et ce, devant le facteur génétique et les habitudes alimentaires car son manque compromet de façon bien plus rapide et bien plus évidente les processus physiologiques (nerveux, sanguins, hormonaux, etc.) qui la conditionnent.

Quant aux performances cognitives, somme toute assez peu abordées dans ce papier, il va sans dire que ces dernières découlent principalement du temps et de la qualité du repos que vous allouez quotidiennement à votre matière grise. Les preuves empiriques qui démontrent une corrélation positive entre prise de décision (6b13), mémoire (5 , 11), faculté d’apprentissage (3b) et sommeil ne manquent pas dans la littérature scientifique et ne font que confirmer la véracité de l’adage populaire qui dit que « le sommeil est la nourriture du cerveau ».

 

Notre message final :

portes_ouvertes_2Bien entendu, cette synthèse aux allures très académiques enfonce un peu des portes ouvertes.

Nous savons tous en effet que le sommeil est primordial pour le corps, la santé, l’esprit, etc. L’intérêt de son élaboration réside toutefois dans la légitimation du message final qu’elle nous permet de formuler, message que voici :

“Oui, réussir dans la vie professionnelle, qu’elle soit sportive ou autre, implique de sacrifier de temps en temps son sommeil.

Oui, certaines grandes figures de la réussite sportive, politique et professionnelle, étaient/sont (soi-disant) des petits dormeurs notoires, ce qui les aide/a aidé … ne les empêche/a pas empêché de réussir.

Et oui, entre les exigences de votre carrière professionnelle surbookée, de votre activité physique journalière et de votre vie sociale trépidante, vous avez du mal à trouver du temps disponible pour y caser du sommeil en quantité suffisante.

Sauf que n’oubliez pas ceci : vous ne pourrez jamais maximiser votre potentiel physique, ni votre rendement intellectuel, sans un sommeil adéquat, c’est-à-dire en quantité et en qualité suffisante !

La science n’a pour l’instant rien trouvé de mieux !

Par conséquent, que vous en ayez assez d’être ce zombie catatonique qui erre dans un état quasi-végétatif  toute la journée ou bien ce narcoleptique ambulant qui se rend à chaque fois à la salle avec une motivation frôlant le zéro absolu, investissez dans votre sommeil au lieu de traîner votre asthénie de place en place sans que la myriade de stimulants que vous ingurgitez pour y remédier (boosters en tête de lice) ne puisse y changer grand chose.

Quant aux asomniaques crédules qui avaleraient goulûment les paroles de ceux qui prétendent que sans privation de sommeil, aucune réussite n’est possible, considérez vos ressources personnelles (temps, santé, énergie) et voyez si effectivement, peu dormir est le meilleur moyen d’en optimiser la gestion sur le long cours.

D’ailleurs, question purement rhétorique mais … vous savez bien que tout se paie en ce bas monde et que si vous traînez des casseroles, celles-ci finiront tôt ou tard par vous rattraper ?

Oui ?

Alors prouvez-le en commençant par effectuer, dès ce soir, votre solde de tout compte auprès de Morphée !”

 

 * Allez donc savoir pourquoi l’expression française consacrée fait du “loir” l’emblème de la paresse (“être paresseux comme un loir”) alors que le paresseux en porte déjà le nom et aussi implicitement, la réputation.  Ne serait-ce que pour des raisons de forme (i.e. éviter la répétition et le pléonasme de l’expression “être paresseux comme un paresseux”) ? #questionscentrales #métalinguistique 
**#haters #spécialedédicace 

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Références

(1) Amolife. Great people sleep less. Retrouvé le 10 juin 2013 sur < http://amolife.com/personality/great-people-sleep-less.html >

(2) Belenky G, Wesensten NJ, Thorne DR, Thomas ML, Sing HC, Redmond DP, Russo MB, Balkin TJ. Patterns of performance degradation and restoration during sleep restriction and subsequent recovery: a sleep dose-response study. J Sleep Res. 2003 Mar;12(1):1-12.

(3) Chouard CH, Meyer B, Chabolle F. Napoléon souffrait-il du Syndrome d’Apnées du Sommeil ? Ann. Oto-Laryng. (Paris). 1988 ; 105 : 299-303.

(3b) Chernik DA. Percept Mot Skills. Effect of REM sleep deprivation on learning and recall by humans. Fév 1972 ; 34(1) : 283-94.

(4) Fatigue Science. Sleep to be an all-star: Why athletes should make sleep a priority in their daily training (Infographic). Retrouvé le 9 juin 2013 sur < http://fatiguescience.com/2013/09/03/infographic-why-athletes-should-make-sleep-a-priority-in-their-daily-training/ >

(5) Fishbein W. Disruptive effects of rapid eye movement sleep deprivation on long-term memory. Physiol Behav. Avril 1971 ; 6(4):279-82. 

(6) Haack M, Mullington JM. Sustained sleep restriction reduces emotional and physical well-being. Pain. 15 Déc 2005 ; 119(1-3):56-64.

(6b) Harrison Y1, Horne JA. The impact of sleep deprivation on decision making: a review. J Exp Psychol Appl. Sep 2000 ; 6(3) : 236-49.

(7) Luby ED, Frohman CE, Grisell JL, Lenzo JE, Gottlieb JS. Sleep deprivation: effects on behavior, thinking, motor performance, and biological energy transfer systems. Psychosom Med. Mai 1960 ; 22:182-92.

(8) Martin BJ. Effect of sleep deprivation on tolerance of prolonged exercise. Eur J Appl Physiol Occup Physiol. 1981;47(4):345-54.

(8b) Myles WS. Sleep deprivation, physical fatigue, and the perception of exercise intensity. Med Sci Sports Exerc. Oct 1985 ; 17(5) :580-4.

(9) Oliver SJ, Costa RJ, Laing SJ, Bilzon JL, Walsh NP. One night of sleep deprivation decreases treadmill endurance performance. Eur J Appl Physiol. Sep 2009 ; 107(2):155-61.

(10) Rattenborg NC, Voirin B, Vyssotski AL, Kays RW, Spoelstra K, Kuemmeth F, Heidrich W, Wikelski M. Sleeping outside the box: electroencephalographic measures of sleep in sloths inhabiting a rainforest. Biol Lett. 23 Août 2008 ; 4(4) : 402-5. 

(11) Rauchs G, Bertran F, Guillery-Girard B, Desgranges B, Kerrouche N, Denise P, Foret J, Eustache F. Consolidation of strictly episodic memories mainly requires rapid eye movement sleep. Sleep. 1 Mai 2004 ; 27(3):395-401.

(12) Reilly T, Piercy M. The effect of partial sleep deprivation on weight-lifting performance. Ergonomics. Jan 1994 ; 37(1) : 107-15.

(13) Rosen R, Veasey S, Barzansky B, Rose I, Owens J. Sleep Loss and Fatigue in Residency Training : A Reappraisal. JAMA. 4 Sep 2002 ; 288(9) : 1116-1124.

(14) Samuel J. Oliver, Ricardo J. S. Costa, Stewart J. Laing, James L. J. Bilzon, Neil P. Walsh. One night of sleep deprivation decreases treadmill endurance performance. Eur J Appl Physiol. Sep 2009 ; 107(2) : 155-61.

(15) Skein M, Duffield R, Edge J, Short MJ, Mündel T. Intermittent-sprint performance and muscle glycogen after 30 h of sleep deprivation. Med Sci Sports Exerc. Juil 2011 ; 43(7) : 1301-11.

(16) Souissi N, Souissi M, Souissi H, Chamari K, Tabka Z, Dogui M, Davenne D. Effect of time of day and partial sleep deprivation on short-term, high-power output. Chronobiol Int. Nov 2008 ; 25(6) : 1062-76.

(17) Vgontzas AN, Zoumakis E, Bixler EO, Lin HM, Follett H, Kales A, Chrousos GP. Adverse effects of modest sleep restriction on sleepiness, performance, and inflammatory cytokines. J Clin Endocrinol Metab. Mai 2004 ; 89(5) : 2119-26.

(18) Williamson AM, Feyer AM. Moderate sleep deprivation produces impairments in cognitive and motor performance equivalent to legally prescribed levels of alcohol intoxication. Occup Environ Med. Oct 2000 ; 57(10) : 649-55.