Êtes-vous “en manque” de pensées ?

Pas d’idées, de pensées.

Quand tout autour de vous se calme, que vous n’avez plus grand chose à faire ou à dire, plus trop à qui parler ou de quoi, que vous arrive-t-il ?

Vous sentez-vous mal à l’aise au point de rechercher absolument le réconfort d’une occupation mentale, aussi futile puisse-t-elle être ?

Le cas échéant, alors oui : vous pouvez vous considérer comme un(e) junkie de la pensée compulsive, totalement accro au calme que son bruit permanent vous procure.

Ne vous laissez cependant pas affecter par ce stigmatisant étiquetage.

Car la dépendance à la pensée est une affliction qui nous touche tous quelque soit notre couleur, notre sexe ou notre catégorie d’âge.

En effet, pour nous autres, Homo Modernus Cortexis, s’occuper en permanence l’esprit est devenu bien plus qu’un simple hobby : c’est désormais une véritable drogue – notre drogue – et comme telle, nous éprouvons de la difficulté à nous en passer.

Comme telle également, nous en payons le prix fort par une perte de clarté, voire de clairvoyance.

Clairvoyance par rapport au monde qui nous entoure d’abord, mais aussi et surtout par rapport à nous-même.

Dans cette vidéo de 6:24′, le philosophe anglais Alan Watts nous plonge dans les méandres du cercle vicieux de la pensée qui alimente la pensée, entretenant permanent ce feu d’artifices cérébral qui nous empêche ainsi d’accéder à la Connaissance Véritable.

Branchez vos écouteurs et augmentez le volume car bien plus qu’une simple “pause zen”, les réflexions philosophiques et spirituelles que son message sous-tend sont mises en exergue au travers de superbes métaphores.

 

 

Première démonstration : le cercle vicieux de l’inquiétude

 

“What is a mind in the grip of vicious circles ?

Well, one of the most obvious instances that we all know is the phenomenon of worrying.

The doctor tells that you have to have an operation.

And that has been set up so that automatically everybody worries about it.

But since worrying takes away your appetite and sleep, it’s not good for you.

So the doctor tells you not to worry about it because he wants you on the operating table in a state of good health, well-rested, etc.

But you can’t stop worrying and therefore you get additionnally worried that you are worrying, and therefore will not be in the right shape to be on the operating table.

And then, furthermore, because that is quite absurd and you’re mad at yourself because you do it, you are worried because you worried because you worry.

That is a vicious circle.”

 

Traduction

Qu’est-ce-qu’un esprit aux prises d’un cercle vicieux ?

Hé bien, l’un des cas les plus évidents que nous connaissions à cet égard est le phénomène de l’inquiétude.

Le docteur vous dit que vous allez devoir subir une opération.

Et tout a été mis en place de sorte à ce qu’automatiquement, tout le monde devienne inquiet [à l’annonce de cette nouvelle].

Mais puisque l’inquiétude vous coupe l’appétit et le sommeil, ce n’est pas bon pour vous.

Par conséquent, le docteur vous demande de ne pas vous inquiéter à propos de cela car il vous veut sur la table d’opération dans un état de bonne santé, bien reposé, etc.

Mais vous ne pouvez cesser de vous inquiéter et par conséquent, vous devenez encore plus inquiet parce que vous n’arrêtez pas de vous inquiéter et que donc, vous ne pourrez pas être en forme sur la table d’opération.

Et en plus, vu que c’est complètement absurde et que vous vous en voulez de le faire, vous finissez par devenir inquiet parce que vous vous inquiétez de vous inquiéter. 

C’est un cercle vicieux [de la pensée].” 

 

 

Deuxième démonstration : le cercle vicieux de la pensée qui se veut altruiste

 

“Another form of vicious circle is when people think they ought to be unselfish … and arc are so convinced for selfish reasons.

‘I would like to think of myself as an unselfish person because that’s the sole person I am supposed to be. So therefore I have a selfish reason to be unselfish and because of that, no amount of effort will ever succeed in making me unselfish but will only succeed in sending me around in circles.

I’ll be proud that I’m humbled !'”

 

Traduction

“Une autre forme de cercle vicieux se produit lorsque les gens pensent qu’ils doivent nécessairement être altruistes … et sont convaincus de devoir l’être pour des raisons égoïstes.

Je voudrais penser de moi-même que je suis une personne altruiste parce que je suis la seule personne que je suis supposée être. Par conséquent, j’ai une raison égoïste d’être altruiste et à cause de cela, aucun effort ne réussira jamais à faire de moi quelqu’un de totalement altruiste mais réussira seulement à me faire tourner en rond.

Je serais ainsi fier d’avoir été rendu humble !‘ 

 

 

De l’inconfort du silence 

 

“[…] Can you allow your mind to be quiet ?

Isn’t it difficult ? Cause the mind seems to be like a monkey, jumping up and down and jabbering all the time !

Once you’ve learned to think, you can’t stop !

And an enormous number of people devote their lives to keeping their minds busy … and feel extremely uncomfortable with silence.

When you are alone, say in a doctor’s waiting room, maybe very uninteresting, nobody is saying anything, there is nothing to do, there’s this … ‘tututututututu’, this worrying, this distraction.

I’m left alone with myself and I wanna get away from myself, I always want to get away from myself, that’s why I go to the movies, that’s why I go after the girls or anything, that you do or get drunk, or whatever … I don’t wanna be with myself.”

 

Traduction

Pouvez-vous permettre à votre esprit de devenir silencieux ?

N’est-ce-pas difficile ?

Parce que l’esprit semble être comme un singe, sautant dans tous les sens et jacassant sans s’arrêter !

Dès que vous avez appris à penser, vous ne pouvez plus vous arrêter.

Et une proportion énorme d’individus dévouent leur vie entière à occuper leur esprit … et se sentent extrêmement mal à l’aise avec le silence.

Quand vous êtes seul(e), disons dans la salle d’attente d’un cabinet médical – il n’y a probablement rien d’intéressant à faire –, personne ne dit rien, il n’y a rien à faire, il y a ce … ‘tututututututu’, cette angoisse, cette distraction.  

Je suis seul(e) avec moi-même et je veux m’échapper de moi-même, je veux toujours m’éloigner de moi-même, c’est pour ça que je vais voir des films, c’est pour ça que je courre derrière les filles ou n’importe quoi d’autre, que je me saoule, ou n’importe quoi … je ne veux pas être avec moi-même’.”

 

 

La pensée compulsive comme alibi de notre propre fuite en avant

 

“Well … why do you wanna run away from yourself ? What’s so bad about it ? Why do you wanna forget this ? […]

Because you are addicted to thought.

This is a drug, like a dangerous one. Compulsive thinking, like on and on and on, all the time ! It’s a habit.

[…] reading the newspaper of your mind.

You know a lot of people, they get told in the newspaper.

The newspaper reads them, they don’t read it.

Newspaper is designed to read you : typographers, the layout people, very carefully calculated, how to carry your eye from one end of it to another !”

 

Traduction

“Alors, pourquoi voulez-vous à ce point vous échappez de vous-même ? Qu’y-a-t-il de si mauvais à y trouver ? Que cherchez-vous à oublier ? […]

Parce que vous êtes addict à la pensée.

C’est une drogue, vraiment dangereuse même. La pensée compulsive, penser encore, encore et toujours, tout le temps ! C’est une habitude.

[…] Toujours lire le journal de votre esprit.

Vous connaissez beaucoup de personnes à qui l’ont fait croire qu’elles lisent le journal.

Le journal les lit eux, ils ne le lisent pas.

Le journal est conçu de sorte à vous lire : des typographes, les chargés de sa mise en page … tout est très-très calculé … comment déplacer votre regard d’un bout de la page à l’autre !”

 

 

Parler pour parler, penser pour penser, écrire pour écrire … ou du vide qui sert à en remplir un autre, véritable

 

“Because … if I talk all the time, I don’t hear what anyone else has to say.

Then, I’ll end up in the situation of having nothing to talk about but my own talking.

So that’s exactly the same way if I think all the time : I won’t have anything to think about except thoughts.

And that’s the academic fallacy.

You see : when you add books to the library … The great many of the books that are added to the library are books about books. And not necessarily books about life – some one are – but most of the books – especially PHD dissertations – are books about books about books about books … and that doesn’t really get us very far.”

 

Traduction

“Parce que … si je parle tout le temps, je n’écoute plus ce que quiconque a à dire.

Ainsi, je finirais par me retrouver dans la situation où je n’aurais plus rien d’autre à faire que de discuter de ce dont je parle.

Et c’est exactement la même chose qui se produit si je pense tout le temps : je fini par ne plus rien avoir à penser qu’à mes propres pensées.

Et c’est l’erreur académique fondamentale.

Vous voyez : quand vous ajoutez des livres à une bibliothèque … la plupart des livres ajoutés à une bibliothèque sont des livres parlant de livres. Et pas nécessairement des livres sur la vie – quelques-uns le sont – mais la plupart des bouquins – en particulier les dissertations de doctorat – sont des livres parlant de livres parlant de livres qui parlent de livres … et cela ne nous amène pas très loin.

 

 

Revigorer votre esprit en apprenant à lâcher prise

 

“So in order to have something to think about, there are times you must simply stop thinking.

[…] Well, how do you do that ?

The first rule is : don’t try to.

Because if you do, you’ll be like someone trying to make rough water smooth with a flat iron. And all that will do is stir it up.

So in the same way as a muddy turbulent pool quiet itself when left alone, you have to know how to live your mind alone.

It will quiet itself.”

 

Traduction

“Par conséquent, si vous voulez avoir quelque chose à laquelle (concrètement) penser, il y a des moments où vous devez simplement cesser de penser.

[…] Comment y arriver ?

La première règle est : n’essayez pas.  

Parce que si vous le faites, vous serez comme une personne qui chercherait à aplanir un torrent d’eau avec un fer à repasser : la seule chose que vous obtiendrez est qu’il s’évaporera.

Par conséquent, tout comme une flaque houleuse se calme d’elle-même lorsqu’on la laisse seule, vous devez apprendre à laisser votre esprit seul. 

Il se calmera de lui-même.”

 

 

 

 

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Informations sur la vidéo 

Auteur

Ping Pong Studio – Ping Pong Studio’s Channel

Orateurs

Alan Watts

Musiques

(00:00 – 06:23) Goldmund – Threnody